FÉLIX TSHISEKEDI À MOSCOU, L’ERREUR D’UNE DIPLOMATIE QUI ATTEND L’ACTION DES AUTRES ?
En appelant la Russie à soutenir l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, Félix Tshisekedi privilégie une nouvelle fois la voie diplomatique pour obtenir le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Mais ce choix soulève une question fondamentale : le président de la République ne devrait-il pas également mobiliser pleinement les prérogatives que lui confère la Constitution pour défendre l’intégrité territoriale de la RDC ?
Lors du troisième sommet Russie-Afrique, tenu à Moscou le 29 octobre 2026, le président congolais Félix Tshisekedi a sollicité le soutien de la Fédération de Russie à l’application des résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a notamment insisté sur la nécessité de mettre fin aux hostilités, d’obtenir le retrait du M23 des zones occupées et le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
Cette démarche s’inscrit dans la stratégie diplomatique de Kinshasa, qui cherche à mobiliser les partenaires internationaux pour faire respecter la souveraineté de la République démocratique du Congo.
Cependant, alors que la crise sécuritaire persiste dans l’est du pays, cette nouvelle interpellation diplomatique pose la question de l’efficacité de la stratégie présidentielle. Jusqu’à quand la RDC devra-t-elle compter sur la pression internationale pour obtenir le respect de son intégrité territoriale ?
LA CONSTITUTION CONGOLAISE CONFÈRE DES RESPONSABILITÉS AU CHEF DE L’ÉTAT
La Constitution de la République démocratique du Congo ne laisse pas la défense du territoire national à la seule appréciation des partenaires étrangers.
En vertu de son article 63, chaque Congolais a le droit et le devoir sacré de défendre le pays et son intégrité territoriale face à une menace ou à une agression extérieure.
Plus directement encore, l’article 83 dispose que le président de la République est le commandant suprême des Forces armées et qu’il préside le Conseil supérieur de la défense.
L’article 86 précise, quant à lui, que le président de la République déclare la guerre par ordonnance délibérée en Conseil des ministres, après avis du Conseil supérieur de la défense et autorisation de l’Assemblée nationale et du Sénat, conformément à l’article 143.
Ces dispositions montrent que le chef de l’État dispose de prérogatives importantes en matière de défense nationale. Elles lui imposent également des responsabilités institutionnelles dans la protection du territoire et de la population.
Dès lors, une interrogation s’impose : au-delà des appels adressés à Moscou, Washington ou aux Nations unies, quelles mesures concrètes le pouvoir congolais entend-il mettre en œuvre pour garantir la sécurité du territoire national ?
LA RÉSOLUTION 2773 : UN OUTIL DIPLOMATIQUE, PAS UN SUBSTITUT À L’ACTION DE L’ÉTAT
Adoptée à l’unanimité le 21 février 2025, la résolution 2773 condamne l’offensive du M23 dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, menée avec le soutien et la participation directe des Forces de défense rwandaises, selon le texte du Conseil de sécurité.
Elle exige notamment que le M23 cesse les hostilités et se retire des territoires occupés. Elle appelle également les forces rwandaises à cesser leur soutien au mouvement rebelle et à se retirer immédiatement et sans conditions préalables du territoire congolais.
Cette résolution constitue un instrument juridique et diplomatique important pour Kinshasa. Elle renforce la position congolaise sur la scène internationale et fournit une base à ses revendications auprès des États membres des Nations unies.
Toutefois, l’existence d’une résolution ne garantit pas automatiquement son application.
C’est précisément à ce niveau que la stratégie de Félix Tshisekedi mérite d’être interrogée. La diplomatie peut exercer une pression sur Kigali, mobiliser les partenaires de la RDC et contribuer à la recherche d’une solution politique. Mais elle ne dispense pas l’État congolais de renforcer ses capacités de défense, de protéger les populations et d’assumer ses responsabilités sur l’ensemble de son territoire.
Il serait donc réducteur de présenter le choix comme une simple alternative entre la diplomatie et la guerre. La véritable question est celle de la capacité du gouvernement à associer efficacement la pression diplomatique, la défense nationale et la protection des civils.
POURQUOI ATTENDRE L’INTERVENTION DES PUISSANCES ÉTRANGÈRES ?
En sollicitant l’appui de la Russie, Félix Tshisekedi cherche à obtenir le soutien d’un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, susceptible de peser dans les discussions internationales.
Cette démarche n’est pas, en elle-même, une erreur. Un État confronté à une menace extérieure peut légitimement rechercher le soutien de ses partenaires et recourir aux mécanismes internationaux pour défendre ses intérêts.
Mais une diplomatie efficace doit produire des résultats mesurables.
Si les appels internationaux se multiplient sans amélioration durable de la sécurité des populations, la question de l’efficacité de cette stratégie devient légitime.
Les Congolais sont en droit d’attendre de leurs dirigeants une politique de défense claire, des moyens adaptés aux menaces et une évaluation transparente des résultats obtenus.
La Russie peut soutenir l’application de la résolution 2773. Les autres partenaires peuvent renforcer la pression diplomatique. Mais aucun de ces soutiens ne saurait remplacer les responsabilités propres des institutions congolaises.
DÉCLARER LA GUERRE : UNE POSSIBILITÉ CONSTITUTIONNELLE, PAS UNE DÉCISION AUTOMATIQUE
Certains pourraient estimer que, face à une agression extérieure, le président de la République devrait recourir à la déclaration de guerre plutôt que multiplier les appels diplomatiques.
Une telle position mérite d’être examinée, mais elle exige une distinction importante.
L’article 86 de la Constitution ne confère pas au président un pouvoir discrétionnaire lui permettant de déclarer seul la guerre. Il prévoit une procédure impliquant le Conseil des ministres, le Conseil supérieur de la défense ainsi que l’autorisation de l’Assemblée nationale et du Sénat.
Par ailleurs, la résolution 2773 réaffirme elle-même qu’il ne peut y avoir de solution militaire à la situation dans l’est de la RDC.
Cela ne signifie pas que la RDC devrait renoncer à défendre son territoire. Cela signifie que la réponse à une menace doit être évaluée à la lumière de la Constitution, du droit international, des capacités militaires nationales et des conséquences humaines d’une escalade.
La défense nationale peut comprendre plusieurs instruments : le renforcement des Forces armées, la sécurisation des frontières, la protection des civils, la coopération régionale et la recherche d’un règlement diplomatique.
Le débat pertinent n’est donc pas de savoir pourquoi Félix Tshisekedi n’a pas automatiquement déclaré la guerre, mais plutôt de déterminer si sa stratégie globale est suffisamment efficace pour protéger la population et restaurer l’autorité de l’État.
LA RESPONSABILITÉ POLITIQUE DE FÉLIX TSHISEKEDI
En tant que président de la République et commandant suprême des Forces armées, Félix Tshisekedi doit rendre compte de sa politique de défense et des résultats obtenus dans la protection du territoire national.
Ses appels à la communauté internationale peuvent renforcer la position diplomatique de la RDC. Cependant, ils doivent s’accompagner d’une stratégie nationale cohérente, d’une armée opérationnelle, d’une gouvernance sécuritaire efficace et d’une communication transparente envers les citoyens.
La population congolaise ne demande pas seulement que les partenaires étrangers reconnaissent sa souveraineté. Elle attend que cette souveraineté soit effectivement protégée.

















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