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MOBUTU SESE SEKO : L’OMBRE D’UN LONG RÈGNE SUR LE ZAÏRE

Arrivé au pouvoir le 24 novembre 1965 à la faveur d’un coup d’État, Mobutu Sese Seko devient progressivement l’homme fort du Congo. Il met fin à plusieurs années d’instabilité politique qui ont marqué les premières années de l’indépendance et instaure un régime fortement centralisé.

De 1965 à 1997, Mobutu dirige le Zaïre d’une main de fer. Son règne est marqué par une relative stabilité politique, le culte de la personnalité, la répression des opposants, la corruption et, au fil des années, une profonde dégradation de la situation économique. Près de trois décennies après sa chute, son héritage continue de susciter des débats en République démocratique du Congo.

Rien ne semblait prédestiner le jeune Joseph-Désiré Mobutu, né en 1930 à Lisala, dans l’actuelle province de la Mongala, à devenir l’un des hommes les plus puissants d’Afrique centrale.

Après un passage remarqué au sein de la Force publique, l’armée coloniale belge, Mobutu fait ses premières armes dans le journalisme à la fin des années 1950. Il collabore notamment avec Congo plus Afrique, où il signe des articles qui témoignent déjà de son intérêt pour la vie publique.

Mais la politique et l’armée vont rapidement prendre le dessus après l’indépendance du Congo, en juin 1960.

Nommé chef d’état-major de l’armée congolaise dans le contexte de la crise politique qui suit l’indépendance, Mobutu joue un rôle central dans les événements qui conduisent à l’éviction de Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo indépendant.

Le contexte politique et militaire reste alors extrêmement instable. En novembre 1965, Mobutu renverse le président Joseph Kasa-Vubu et prend directement le pouvoir.

Il devient ainsi le nouvel homme fort du pays, avec l’appui de réseaux occidentaux qui voient en lui un rempart contre l’influence soviétique en pleine guerre froide.

Pour asseoir son pouvoir et construire une nouvelle identité nationale, Mobutu lance, au début des années 1970, la politique dite de l’« Authenticité ».

En 1971, le Congo devient officiellement le Zaïre. Le fleuve Congo et la monnaie sont également rebaptisés. Joseph-Désiré Mobutu abandonne son nom pour devenir Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga.

Le régime encourage l’abandon de certaines références culturelles héritées de la colonisation. Les prénoms chrétiens sont progressivement délaissés et le port du costume occidental est déconseillé au profit de l’abacost, présenté comme une tenue nationale.

Cette politique accompagne un vaste programme de construction d’une identité zaïroise autour du chef de l’État.

Le MPR et le culte de la personnalité

Le 20 mai 1967, lors de la manifeste de la Nsele, le Mouvement populaire de la Révolution (MPR) est créé et est consacré comme parti-État, il devient l’instrument politique central du régime.

Mobutu concentre progressivement entre ses mains l’essentiel des pouvoirs. Son image est omniprésente dans les institutions, les médias et les manifestations publiques. Il est présenté comme le « Père de la nation ».

Toute contestation du pouvoir est sévèrement réprimée. Les services de sécurité jouent un rôle majeur dans la surveillance de la population et la neutralisation des opposants.

Sur le plan international, le Zaïre occupe également une position stratégique. Dans le contexte de la guerre froide, Mobutu bénéficie du soutien de plusieurs puissances occidentales, notamment des États-Unis, qui considèrent son régime comme un allié important face à l’influence soviétique en Afrique.

Derrière les fastes du régime et l’image d’un Zaïre fier et culturellement rayonnant se cache progressivement une réalité économique beaucoup plus sombre.

La zaïrianisation, lancée en 1973, conduit notamment à la nationalisation de nombreuses entreprises appartenant à des intérêts étrangers. Si la mesure est présentée comme une politique de reprise du contrôle de l’économie nationale, ses conséquences sont rapidement controversées.

Le pays s’enfonce progressivement dans la crise. Les infrastructures se dégradent, la dette augmente et les difficultés économiques se multiplient.

En 1979, treize parlementaires zaïrois adressent une lettre ouverte à Mobutu pour dénoncer la paralysie des institutions, la corruption et la dégradation de la situation économique. Cette initiative, connue comme la « Lettre des treize parlementaires », constitue l’un des actes de contestation les plus marquants contre le régime.

Malgré les critiques, Mobutu conserve son pouvoir grâce à un système fondé sur le clientélisme, le contrôle de l’appareil d’État et la répression de ses opposants. Le Zaïre est progressivement décrit comme une kleptocratie, où les ressources publiques sont largement accaparées par les élites proches du pouvoir.

En 1990, sous la pression de la crise économique, de la contestation intérieure et de la fin de la guerre froide, Mobutu annonce la fin du parti unique et l’ouverture du pays au multipartisme.

Mais cette ouverture intervient alors que le régime est déjà profondément affaibli.

Les tensions politiques s’intensifient, tandis que le pouvoir perd progressivement le contrôle d’une partie du territoire national.

En 1996, une rébellion conduite par Laurent-Désiré Kabila, soutenue par plusieurs pays de la région, notamment le Rwanda de Paul Kagame, lance une offensive contre les forces de Mobutu.

Le samedi 17 mai 1997, les forces de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) entrent dans Kinshasa. Le régime s’effondre. Mobutu, abandonné par une partie de son entourage et de ses généraux, quitte précipitamment le pays.

Il s’exile d’abord au Togo avant de rejoindre le Maroc.

Quelques mois plus tard, le 7 septembre 1997, Mobutu Sese Seko meurt dans un hôpital militaire à Rabat, à l’âge de 66 ans. Il est inhumé au Maroc.

Près de trente ans après sa disparition, Mobutu reste une figure profondément controversée de l’histoire congolaise.

Pour ses détracteurs, son règne demeure synonyme de dictature, de répression, de corruption et de pillage des ressources nationales. Pour d’autres, notamment parmi ceux qui ont connu le Zaïre de cette époque, les années Mobutu évoquent aussi une période d’unité nationale, de stabilité territoriale et d’affirmation de la souveraineté du pays sur la scène internationale.

Cette mémoire contrastée nourrit une certaine nostalgie, particulièrement chez une partie de ceux qui regrettent le poids diplomatique et l’influence qu’avait alors le Zaïre en Afrique et dans le monde.

Comme l’a chanté le poète et slameur congolais Yekima de Bel’Art, alias « Monsieur le Poésident », les années zaïroises ne sont pas toutes les années à haïr.

Entre mémoire douloureuse et nostalgie, l’héritage de Mobutu continue ainsi de diviser. Son parcours demeure celui d’un paradoxe historique : un homme qui a incarné l’État zaïrois pendant plus de trois décennies, tout en laissant derrière lui un système politique et économique qui s’est finalement effondré avec son départ.

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