Artiste pluridisciplinaire, auteur et entrepreneur culturel congolais, Niamba Malafi, connu sous le nom de « Monsieur Culturel », transforme les épreuves de son parcours en matière de création. Entre engagement artistique, mémoire carcérale et initiatives culturelles en Europe, il fait de l’art un puissant instrument de transmission, de liberté et de reconstruction.
Originaire de Kinshasa, en République démocratique du Congo, Niamba Malafi s’impose progressivement comme une figure engagée de la scène culturelle congolaise. Auteur, metteur en scène, réalisateur et entrepreneur culturel, il évolue depuis plus d’une décennie à la croisée du théâtre, du cinéma, de la littérature et de la médiation culturelle. Son parcours témoigne d’une conviction profonde : la culture ne se limite pas au divertissement, elle constitue également un espace de résistance, de dialogue et de transformation sociale.
Formé à l’Institut National des Arts de Kinshasa, où il obtient une licence en réalisation scénique et mise en scène en 2021, après un graduat en réalisation cinématographique en 2018, Malafi construit son identité artistique autour des réalités sociales des quartiers populaires de la capitale congolaise, notamment N’Djili et Kimbanseke.
À travers Malafi’Arts Production, collectif qu’il initie pour accompagner la production et le management des activités culturelles en milieu périurbain, il s’engage dans la promotion des artistes et la valorisation des expressions culturelles souvent marginalisées. Son travail dépasse les frontières traditionnelles de la scène artistique pour investir les questions de mémoire, d’environnement urbain, de liberté d’expression et de transmission.
Une expérience carcérale devenue matière littéraire
L’année 2024 marque un tournant majeur dans son parcours. Son arrestation et son passage à la prison centrale de Makala à Kinshasa constituent une épreuve qui bouleverse profondément sa vie personnelle et artistique.
Selon son témoignage, cette expérience est liée à son engagement dans le milieu culturel et à ses prises de position autour de la liberté d’expression et de la situation des artistes en République démocratique du Congo.
Confronté à la privation de liberté, à la promiscuité et aux réalités du système carcéral, l’artiste trouve dans l’écriture un moyen de donner un sens à cette expérience douloureuse. De cette traversée naît un ouvrage poignant : Mort en Exercice à Makal’art – Récits de la prison.
Préfacé par le journaliste Stanislas Bujakera Tshiamala, ce livre de 76 pages s’inscrit dans une démarche de témoignage et de mémoire. Il ne se contente pas de raconter une expérience individuelle. Il interroge également la justice, la dignité humaine, les conditions de détention et la place de la liberté d’expression dans la société congolaise.
À travers le personnage de Monsieur Culturel, l’auteur plonge le lecteur dans l’univers de Makala, où se croisent souffrance, injustice, solidarité, foi et espoir.
Le titre « Mort en Exercice » évoque cette mort symbolique d’un homme privé de liberté alors qu’il est engagé dans son activité professionnelle et artistique. Quant au terme « Makal’art », il établit un lien entre Makala, lieu d’enfermement, et l’art, espace de résistance et de reconstruction.
Installé en Europe depuis 2025, l’artiste poursuit son engagement culturel en France et développe des passerelles entre les cultures africaines et européennes. L’éloignement géographique de son pays d’origine n’a pas interrompu son travail. Il lui a plutôt permis d’élargir son champ d’action et de donner une dimension internationale à ses initiatives.
Parmi ses projets figure le Salon des Bruits des Villes Africaines, une initiative qui explore les sonorités, les mémoires et les réalités des espaces urbains africains.
En juillet 2025, une édition organisée dans le cadre du Marché Congolais d’Alsace, à Strasbourg, les 25 et 26 juillet, a contribué à mettre en lumière les patrimoines sonores et la poésie des villes africaines.
Dans la même dynamique, l’installation sonore immersive Écouter la Ville, présentée à l’AfricaMuseum de Tervuren, en Belgique, durant l’été 2025, a ouvert un espace de réflexion autour des perceptions sonores et des identités urbaines. Une rencontre de clôture s’est tenue le 30 août.
Du 28 au 30 mai 2026, le Salon des Bruits des Villes Africaines s’est également poursuivi à Savigny-le-Temple, en France, affirmant la volonté de l’artiste de faire dialoguer les territoires, les mémoires et les publics.
À travers ces initiatives, Malafi entend promouvoir les cultures kongolaises et africaines tout en sensibilisant les publics aux enjeux de l’environnement urbain. Son engagement associatif se prolonge notamment avec Mwindeurs Nation, un projet consacré à la promotion des cultures kongolaises et à la transmission culturelle.
« Transformer la douleur en création »
Au-delà de ses projets artistiques, Niamba Malafi incarne une trajectoire de reconstruction. Son parcours, marqué par la détention, l’éloignement et la nécessité de se réinventer, témoigne de la capacité de l’art à devenir un outil de résilience.
Aujourd’hui étudiant en deuxième année de mastère en Marketing et Développement des Institutions Culturelles à l’IESA Paris, il poursuit sa formation tout en consolidant son engagement dans le secteur culturel.
Son ambition demeure celle de construire des espaces où les artistes peuvent s’exprimer, où les mémoires peuvent être préservées et où la culture devient un vecteur de dialogue entre les sociétés.
Avec Mort en Exercice à Makal’art, Malafi apporte une contribution singulière à la littérature de témoignage congolaise. Son livre, proposé en autoédition via Bookelis, est accessible à travers les circuits de commercialisation en ligne ainsi que lors de rencontres littéraires et de séances de dédicaces.
À travers cet ouvrage, il invite le public à regarder au-delà des murs de la prison pour découvrir les histoires humaines, les souffrances et les espoirs qui s’y dissimulent.
Loin de réduire son identité à son expérience carcérale, Niamba Malafi revendique une trajectoire où l’art demeure une force de liberté et de réinvention.












Leave a Reply